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Les Hauts-de-Seine, forces et faiblesses du fief présidentiel

« Les Hauts-de-Seine ne doivent pas être regardés comme un petit département, mais comme une grande ville dont le centre serait extérieur à elle-même », déclarait Henri Guaino, le 5 novembre 1999, à la tribune du conseil général. Celui qui est aujourd’hui conseiller spécial à l’Elysée et inspire la vision présidentielle du Grand Paris était à l’époque conseiller spécial de Charles Pasqua, patron du département de 1988 à 2004.

Jamais, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, les relations n’ont été aussi imbriquées entre le sommet de l’Etat et ce petit territoire biscornu de 176 km2, situé à l’ouest de la capitale. Les liens sont d’autant plus étroits que les hommes du président sont nombreux à l’avoir suivi des Hauts-de-Seine au Faubourg-Saint-Honoré. Claude Guéant notamment, aujourd’hui secrétaire général de l’Elysée. Nicolas Sarkozy a fait sa connaissance lorsqu’il était secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, à la fin des années 1980.

Leader naturel de ce département dont il présida le conseil général de 2004 à 2007, le chef de l’Etat administre, aujourd’hui à distance, les Hauts-de-Seine comme un « duché » présidentiel. Il a dû renoncer à l’idée de voir son fils Jean présider l’Etablissement public d’aménagement de la Défense, mais M. Sarkozy nourrit toujours de grands projets pour les Hauts-de-Seine. Il songe à installer le futur Musée de l’Histoire de France sur l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt, sur les anciens terrains de Renault. Il entend aussi terminer la couverture de l’avenue Charles-de-Gaulle, la RN 13, qui traverse Neuilly, rêvant ainsi de prolonger les Champs-Elysées jusqu’à la Défense.

A travers ces deux grands projets, le chef de l’Etat ne veille pas seulement aux intérêts de son ancien fief. Il s’inscrit dans une histoire : celle du tropisme du pouvoir politique national pour l’ouest de la capitale. Si Louis XIV, à 11 ans, n’était pas allé se réfugier à Saint-Germain-en-Laye, par peur des complots de la Fronde, le monarque n’aurait peut-être jamais fait construire le château de Versailles. En décentralisant le siège de son pouvoir absolu loin de Paris, il a sans le vouloir créé cet « axe historique », du Louvre jusqu’aux confins des Hauts-de-Seine, matérialisé par le cours planté, inventé à sa demande par Le Nôtre, sur le tracé des actuels Champs-Elysées.

Le long de cet « axe historique » ont progressivement élu domicile les élites du royaume, puis la bourgeoisie, donnant naissance aux beaux quartiers, aux hôtels particuliers et jusqu’aux sièges sociaux qui se concentrent aujourd’hui sur cette ligne bornée par la Grande Arche, voulue par François Mitterrand.

En installant, en 1958, la Défense sur Nanterre, Courbevoie et Puteaux, le général de Gaulle a mis lui aussi le cap à l’ouest. Le département est devenu l’épicentre et la figure de proue de l’économie française. Sur 50 millions de mètres carrés de bureaux en Ile-de-France, aujourd’hui, 11 millions se concentrent dans les Hauts-de-Seine et 16 millions à Paris.

Pendant des décennies, « la Datar (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) a interdit le développement de l’activité économique dans le sud et l’est parisien pour promouvoir la Défense », remarquait, en 2006, Patrick Devedjian. « On s’est aperçu qu’il en était résulté des déséquilibres fiscaux et sociologiques : alors, les bureaux parisiens ont inventé la péréquation, en prélevant des taxes sur les communes qu’elles avaient enrichies », expliquait-il, à l’époque.

Désormais président du conseil général, M. Devedjian plaide plus que jamais pour l’extension et l’expansion de la Défense. Car c’est l’obsession de tous les grands élus de ce département : lui conserver son rang de territoire d’exception.

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Mais il n’a plus tout à fait les mêmes ressorts économiques et politiques. « Les Hauts-de-Seine ont été le laboratoire de nombreuses politiques locales étendues au plan national », relève Philippe Juvin, député européen et maire (UMP) de la Garenne-Colombes. Le département le plus riche de France après Paris a pu se permettre d’innover en matière sociale grâce à la manne de la Défense. Mais il a été d’autant plus une collectivité pilote qu’il était utilisé par M. Pasqua puis par M. Sarkozy comme un tremplin pour leur ambition nationale.

Aujourd’hui, les Hauts-de-Seine n’ont plus de figure politique fédératrice. Aucun département ne dispose d’aussi peu de communes eu égard à la superficie de son territoire. Ainsi, « les 36 maires sont les véritables grands patrons », confirme Jean-Pierre Fourcade, ancien maire de Boulogne-Billancourt, la plus grande ville d’Ile-de-France après Paris. Mais depuis les lois anti-cumul, beaucoup de maires ont préféré conserver leurs mandats de député ou de sénateur et abandonner celui de conseiller général. Se repliant sur leur mairie, ils se sont regroupés en grosses intercommunalités. Si bien que l’assemblée départementale a vu son pouvoir s’étioler au profit de la constitution de nouveaux bastions.

Cet affaiblissement du pouvoir du département – dont souffre M. Devedjian face aux grands féodaux communaux dont certains sont très proches de M. Sarkozy, comme Patrick Balkany – s’est accompagné de coups de semonce électoraux. Colombes et Asnières sont passées à gauche aux municipales de 2008. Neuilly est sortie du giron sarkozyste à la faveur de l’élection du maire (divers droite) Jean-Christophe Fromantin. « Il ne faudrait pas que Patrick Devedjian soit notre Jean Tiberi, s’inquiète un élu UMP du conseil général. On a parfois l’impression que Sarkozy est comme Chirac à la mairie de Paris : il ne gère pas sa succession. »

Pour la droite, hégémonique dans les Hauts-de-Seine, le renouvellement du personnel politique est d’autant plus urgent que l’image du département est entachée. Plusieurs affaires sont en passe d’être jugées, dont certaines concernent d’actuels ou d’anciens élus. Qu’il s’agisse d’André Santini, maire (Nouveau Centre) d’Issy-les-Moulineaux, de M. Pasqua, sénateur – tous deux mis en examen dans l’affaire de la fondation Hamon – ou bien de Manuel Aeschlimann, député (UMP) d’Asnières, condamné pour favoritisme en mars, tous ont croisé le président de la République, sur son chemin, dans les Hauts-de-Seine.

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